De l’art du bonheur

De l’art du bonheur

Christophe André

Le bonheur n’est pas une chance mais une intelligence. Qui peut s’apprendre et se développer

« Le but, c’est d’être heureux. On n’y arrive que lentement. Il y faut une application quotidienne. Quand on l’est, il reste beaucoup à faire : consoler les autres » Jules Renard

L’eudémonisme origine grecque du mot, objet premier des philosophes voilà plus de 2000 ans.

Le but de leur discipline était d’aider les humains à s’approcher d’une vie plus heureuse. Les scientifiques, depuis quelques années, s’intéressent au bonheur avec passion, donnant à cette émotion l’appellation moins poétique de « bien-être subjectif ». À leurs yeux, celui-ci est paré de toutes les vertus : il augmenterait la longévité, améliorerait la santé, rendrait plus altruiste…

« Ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas détester, mais comprendre »

Spinoza

La naissance du bonheur

Fort et fragile comme la vie

La nature procure une harmonie par connexion et par appartenance : simplement se sentir vivant au milieu de toutes les formes de la vie, et comprendre que c’est une chance. Goûter au bonheur élémentaire d’exister…

Le bonheur tout entier prend naissance dans de tels instants de grâce. S’arrêter, se taire. Regarder, écouter, respirer. Admirer. Accueillir les bonheurs naissants. Travailler doucement à les percevoir partout où ils se trouvent. Première et primordiale leçon…

Tout premier de ces bonheurs : celui d’être aimé et protégé. Comme une empreinte précoce du bonheur.

Il est toujours possible d’apprendre le bonheur, même s’il n’a pas été notre langue maternelle…

La capacité à bâtir ses bonheurs implique aussi une volonté.

Au-delà des empreintes précoces, la capacité du bonheur repose aussi sur le goût et le désir de se rendre heureux, et de faire des efforts pour cela.

La vie humaine est dure, parfois tragique, le temps qui passe est toujours une blessure dans les chairs. Sans le bonheur, sans cette aptitude à ne pas se noyer dans tout ce qu’il y a de sombre autour de soi, comment résister à la morosité et au désespoir ?

Le bonheur est ce qui rend la vie psychologiquement possible.

« Le bonheur n’est pas le but mais le moyen de la vie »

Il y aura, encore et toujours, un infini de bonheur à vivre…

« Les enfants n’ont ni passé, ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent »

La Bruyère

Les enfants vivent au présent. Leurs expériences de vie, même les plus anodines en apparence, construisent de manière souterraine et invisible un réservoir de bonheurs futurs, une malle aux trésors dans laquelle ils puiseront plus tard, et qui leur permettra de survivre aux épreuves, aux douleurs. L’enfance est aussi l’âge de l’apprentissage des bonheurs à venir. Car le bonheur s’apprend, et, comme tous les apprentissages, cela commence par l’imitation des modèles.

Le bonheur ne peut se concevoir que dans l’ouverture au vaste monde. Il n’est pas durable dans le repli, l’étriqué ou le renfermé. Le petit périmètre n’est jamais-ou rarement-un choix : il est en général dicté par la douleur ou la peur.

Cet élan n’est possible que s’il existe une base vers laquelle se retourner « l’attachement secure »

Nous avons besoin de certitudes, même limitées, pour tolérer l’incertitude de l’illimité. Être enraciné pour oser s’élancer : telles sont les conditions de notre bonheur.

Notre cœur tend vers le bonheur. A nous de trouver l’équilibre entre bonheurs d’expansion et bonheurs de recommencement, bonheurs d’action et bonheurs de méditation…

Une scène heureuse qui oublie de se regarder dans la glace et de penser à elle-même.

Le bonheur ne peut se situer au-dessus des moments de vie ordinaires, ou à  côté d’eux. Il doit se trouver dans la vie même.

« Le Paradis, c’est où je suis» Voltaire

Si le bonheur ressemble à l’or, nous le trouverons plus souvent sous forme de paillettes que de pépites… (Qui) permettent d’accéder à une profondeur du quotidien.

Il existe dans toute vie une profondeur imperceptible à un regard pressé.

Aiguiser son regard. Vivons et il viendra.

Le bonheur est bien une force qui peut changer le monde…

Article premier de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793 : « Le but de la société est le bonheur commun… »

« Tous les humains naissent égaux. Ils sont dotés par leur créateur de droits inaliénables. Parmi ceux-ci figurent la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. » Tout comme la France issue de la Révolution, l’Amérique naissante tenait le plus grand compte du droit non pas au bonheur, mais à la recherche du bonheur, puisqu’elle inscrivit ce dernier dans sa déclaration d’indépendance.

Le bonheur, il est vrai, ne se décrète pas, il ne peut relever que d’une démarche individuelle. Individuelle, mais pas égoïste, car être heureux ne laisse jamais quiconque immobile et replié sur soi, contrairement à la tristesse ou à la douleur.

Le désir de bonheur est en réalité un formidable moteur pour l’action.

L’angoisse peut être un déclic, aucune motivation n’agit mieux, sur la durée, que le bonheur, ou l’envie de bonheur.

Le bonheur, comme toutes les formes de bien-être subjectif, est une source inépuisable pour l’envie et le plaisir d’agir, l’altruisme, la créativité, l’ouverture et la curiosité face au monde…

« Aucune puissance n’est capable de me terrifier au point de me faire perdre ma foi dans la personne humaine. Parce que je crois en la grandeur de toute la nature. Je sais que la volonté et le comportement humains sont souvent l’aboutissement de forces cosmiques mises en mouvement par cette même nature par la progression de l’histoire et la marche du destin »

Marc Chagall

« S’il y a du bonheur dans la maison !… Mais, petit malheureux, elle en est pleine à faire sauter les portes et les fenêtres. »

Maurice Maeterlinck

Quelle est la matière du bonheur ? Et quelle attitude avoir envers elle ?

Un environnement relationnel et matériel minimal lui est nécessaire… alors, nous pouvons prétendre nous occuper de nous rendre plus heureux.

« Richesses et honneur ne me sont pas plus que le nuage qui passe » Confucius

Le bonheur n’est pas une chance mais une intelligence. Qui peut s’apprendre et se développer

« Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse sans que l’autre s’en serve pour affirmer sa force »

Cesare Pavese

Amour : Eros, Philia, Agapé (le plus altruiste)

Nous devrions aussi nous montrer capables d’aimer pour connaître.

S’éloigner peu à peu de soi, et s’ouvrir, pour donner.

Partage et don sont les devoirs des gens heureux.

Le bonheur loin d’aiguiser l’égotisme, augmente les actes altruistes.

Le bonheur est un moteur pour changer le monde. Pas le discours sur le bonheur, mais l’action altruiste qu’il permet d’entreprendre.

Pas de petitesse, pas de rétraction dans le bonheur. Seulement l’expansion de nos consciences vers plus encore d’humanité…

Le déclin du bonheur, c’est encore du bonheur, mieux vaut lâcher prise et sourire 

A leur apogée, tous les moments heureux peuvent nous procurer de la tristesse. La claire conscience du bonheur contient en germe le sentiment de sa fin prochaine. Simplement, se joue dans cette dramaturgie intime une histoire de conscience.

Notre conscience est nécessaire à notre bonheur. C’est elle qui transforme le bien-être animal en ce sentiment si humain qu’est le bonheur. Mais cette même conscience, une fois mise en branle, nous ouvre aussi les yeux sur le caractère transitoire et éphémère de tout bonheur.

Nous sommes ainsi des intermittents du bonheur, condamnés à ne pouvoir le vivre que dans l’alternance d’apparitions puis de disparitions, de flux et de reflux.

Par nos douleurs intimes que nous croyons être celles du monde tout entier… on ne découvre et retrouve que soi dans la tristesse. Là où le bonheur nous ouvrait au monde, la tristesse nous en sépare.

« Tristesse n’est que maladie et doit être supportée comme maladie sans tant de raisonnements et de raisons » Alain

« Le néant ne se place au cœur de l’homme que lorsqu’il n’y a pas de cœur » Romain Gary

La tristesse est bonne servante et mauvaise maîtresse. Car si la réflexion sur l’adversité est utile, la rumination sur la noirceur du monde l’est moins.

« Le bonheur est la lus grande des conquêtes, celle que l’on fait contre le destin qui nous était imposé » Albert Camus

Se rappeler que l’absence de bonheur n’est pas le malheur 

« Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut reconnaître la nuit » Albert Camus

« Je ne saurais donner de justification à cette confiance en l’avenir de l’homme qui m’habite. Il est possible qu’elle ne soit pas rationnelle. Mais le désespoir, lui, est irrationnel : il ne résout aucun problème, il en crée même de nouveaux et il est par nature une souffrance »

Primo Levi

« Et dans un tableau je voudrais dire quelque chose de consolant comme une musique. Je voudrais peindre des hommes ou des femmes avec ce je-ne-sais-quoi d’éternel, dont autrefois le nimbe était le symbole, et que nous cherchons par le rayonnement même, par la vibration de nos colorations » Vincent Van Gogh, lettre à Théo

Les bonheurs possèdent la force de ce qui est vivant face à ce qui ne l’est pas. La force du brin d’herbe qui pousse à côté du bitume.

« Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d’autre » Paul Eluard

« Il est réellement de notre devoir de peindre les aspects riches et somptueux de la nature. Nous avons besoin de gaieté et de bonheur, d’espoir et d’amour… » ; « Dire quelque chose qui soit réconfortant, comme la musique est réconfortante… exprimer l’espoir par une étoile, l’ardeur de l’âme par la splendeur d’un coucher de soleil » Vincent Van Gogh

« Chercher le bonheur dans cette vie, c’est là le véritable esprit de rébellion »

Henrik Ibsen

C’est la lutte contre le malheur, et elle seule, qui peut nous apprendre et nous grandir. Pas le malheur en lui-même, qui ne fait que nous durcir 

Cet instant est un instant de bonheur

« Aime la vérité, mais pardonne à l’erreur » Voltaire

Tout ce que nous avons fait pleinement, vraiment, nous le regretterons moins. Nous savons aussi que nous regretterons moins nos actions que nos non-actions : sur le long terme, il y a presque toujours moins de regrets à avoir agi et échoué qu’à ne pas avoir tenté. Les raisons en sont multiples, mais il y a surtout ceci : agir peut procurer du bonheur, au moins dans l’instant.

« Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux » Diderot

« Celui-là vit éternellement qui vit dans le présent »

Ludwig Wittgenstein

« Connaître ce qui est, sans vouloir l’utiliser, le posséder ou le juger. Sommet de la vie spirituelle… Le moi se dissout dans la contemplation de son objet » André Comte-Sponville

« J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut refermer »

Apocalypse de Saint Jean

De l’art du bonheur

De l’art du bonheur

Au fil d’une série de tableaux emblématiques, Christophe André trame son sujet  :  Le bonheur n’est pas une chance mais une intelligence. Qui peut s’apprendre et se développer

« Le but, c’est d’être heureux. On n’y arrive que lentement. Il y faut une application quotidienne. Quand on l’est, il reste beaucoup à faire : consoler les autres » Jules Renard  Continuer la lecture