Pratiques philosophiques

Samedi 29 juin 2013, après-midi à l’institut de pratiques philosophiques

Ça tombe bien, il ne faisait pas beau sur Paris.

Je me suis inscrite pour suivre un atelier sur la consultation philosophique avec Lou Marinoff, philosophe praticien américano-canadien (heureusement pour moi, il parlait Français !) auteur de l’ouvrage : « Plus de Platon et moins de Prozac ».

Professeur de Philosophie au City Collège de New York, Président de la Fédération américaine de philosophie pratique.

Je n’avais jamais entendu parler de ces pratiques.

En préambule :

Lou parle d’Art philosophique et non pas de Science

Comme tous les Arts, il y a toutes sortes de styles pour pratiquer, c’est une affaire d’individu, comme dans le coaching

Nous suivons des lignes de conduite, qui sont en adéquation avec nos valeurs, notre éthique, nos visions, nos tripes… appelez cela comme vous voulez.

Lou Marinoff passe en revue quelques une de ces postures :

L’humour, développé par Lydia Arir, le yoga du rire (je vais aller voir)/Existentielle/Spinoziste/Bibliothérapie (plus développée en France)/Vertu éthique (Confucius)/Stoïciens/Taoïstes/Bouddhistes/Naturalistes/Ran Lahav (nous sommes une représentation du monde, si on veut changer quelque chose, on change notre représentation)…

3 axes : le sens, l’identité, les ressources

Les consultations sont individuelles, ou en groupe. Elles peuvent se dérouler en entreprise ou dans le cadre d’une démarche personnelle. En individuel, les séances durent 50 minutes.

Le but de ces pratiques est de retrouver l’essence de la philosophie comme discipline qui guide, est inscrite dans la vie de tous les jours, et est accessible au plus grand nombre

Le résultat n’est pas nécessaire, c’est le plaisir et la liberté qui sont importants

Mon expérience avec Lou Marinoff :

Je me suis prêtée comme cliente cobaye, pour expérimenter une séance avec Lou sur un format de 20 minutes.

L’homme avait une très bonne posture dans l’accueil, la bienveillance. En premier lieu, il a cherché à installer une relation dans un climat de confiance. J’ai exposé ma problématique. Il a engagé une exploration par un questionnement Socratique, des questions ouvertes successives… enfin, il m’a proposé la lecture d’un texte d’Aristote qui abordait le thème de ma problématique et pouvait me donner un nouvel éclairage.

Le tout a été fait avec beaucoup de respect et de doigté.

Je retrouve une démarche similaire à celle dans laquelle je m’inscris en tant que coach. Ce que nous appelons nos fondamentaux : le respect du client, de son rythme, de son espace, de son ressenti… la bienveillance, le non jugement …

La différence apparaît davantage dans le terme. Un coaching se boucle lorsque l’objectif est atteint, après que le client se soit engagé dans des actions concrètes et temporelles.

Toutefois, je ne partage qu’une petite expérience de 20 mn… Je ne sais pas où nous en serions arrivés à l’issue de quelques séances.

Seconde expérience en tant qu’observatrice de la méthode Oscar Brenifier

Oscar Brenifier, est le ponte de l’institut, et le référent de la grande majorité des pratiquants Philosophes présents à cet évènement.

Une jeune femme s’est prêtée à l’exercice en tant que cliente, avec une praticienne du nom de Clara D…

J’ai assisté une « séance » qui m’a fait bondir (qui a dit qu’il faut de tout pour faire un monde ?…)

Je vais préciser mes observations de la méthode Oscar

La praticienne ne prend aucun temps et ne porte aucune attention à installer une relation avec sa cliente.

Elle est portée par le souci de sa propre performance (ce qui peut être lié au contexte, ou à la personnalité de la praticienne)

Elle ne porte pas d’attention à sa cliente, ne la regarde pas, elle écrit et n’est pas tournée vers elle. Elle ne respecte pas son tempo, talonne en permanence, coupe la parole, impose un rythme rapide… et ce qui est plus grave, elle juge les ressentis et interprète les propos.

Première étape, la maïeutique. Impétueuse, elle scalpe les phrases par des questions sur un mode binaire, contraignant la cliente à réduire les options à peau de chagrin… La méthode est grossière. Pour distancier la cliente de sa problématique, la praticienne en parle comme d’une troisième personne extérieure à l’entretien. Cet outil peut être intéressant, lorsqu’il est utilisé au bon moment, soit lorsque la personne a déjà exploré son ressenti, posée sa vision, que la relation entre le praticien et le client est établie sur des bases de confiance et de bienveillance.

Quelle tristesse !!! Quelle violence !!!

En Bref et en conclusion

Je laisse Oscar au placard, et je pars en promenade philosophique avec le Lou

3 réflexions au sujet de « Pratiques philosophiques »

  1. La méthode Oscar est très utilisée par les gens de télévision : poser des questions binaires qui rendent schizo, et ne pas écouter les réponses… :)
    Entre la première méthode et la seconde, c’est toute la différence qu’il y a entre simplicité et simplisme, au fond.

    • Apprendre à écouter et à poser des questions ouvertes, c’est un apprentissage quotidien qui ouvre les champs de la communication « Si je disposais d’une heure pour résoudre un problème et que ma vie en dépende, je consacrerais les 55 premières minutes à définir la question appropriée à poser, car une fois cela fait, je pourrais résoudre le problème en moins de cinq minutes. » Einstein

  2. Je suis Clara D. j’ai quitté l’Institut de Pratique Philosophique depuis août 2013, parce que je sentais une contradiction de plus en plus forte entre la méthode et ce que je suis authentiquement.
    Ce jour là, j’avais en effet sur mes épaules le poids de représenter l’IPP, et ‘d’incarner  » la méthode d’Oscar Brénifier. Mon stress était immense, j’étais sous le regard de mes collègues.Je devais bien faire, trop bien faire sans doute. Prise dans une logique de groupe…
    Je prends toutes vos remarques pour ce que j’ai fait à l’époque.
    Mais je ne pratique plus du tout comme cela.
    J’ai introduit la bienveillance, le non jugement et l’accompagnement par le questionnement philosophique. Cela ne rejette en rien la rigueur, bien au contraire.
    La méthode de consultation de l’IPP n’est pas dépourvue d’une certaine violence. Elle peut convenir à certaine personne. Personnellement, je ne me sentais plus en mesure de vivre avec cela. Mais il y a de la place pour tout le monde, et la méthode de Brénifier a sans doute sa raison d’être, mais les autres aussi, comme celle de Marinoff, ou ma façon de faire.
    Acceptez ainsi l’idée que j’ai changé…

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