L’éducation psycho-sociale à l’école

L’éducation psycho-sociale à l’école

Enjeux et pratiques

Ouvrage du Collectif « école, changer de cap »

 Sous la direction de

Armen Tarpinian et Maridjo Graner

Editions chronique sociale

 J’interviens dans ce que l’on nomme « les zones sensibles », notamment auprès de jeunes. La réactivité d’une population vivant dans cette « ceinture » territoriale est flagrante, difficilement contrôlable, voire, hors contrôle

Il est urgent de réinventer notre système éducatif !!!

les intervenants de ce collectif proposent des axes pour réorienter et restructurer notre système obsolète, qui ne sert ni l’individu, ni la collectivité. Voici en partage, quelques notes piochées au fil de ma lecture… Carine

Suzy Halimi : l’éducation : quels enjeux pour un nouvel humanisme ?

Les quatre piliers de l’éducation définis par Jacques Delors dans son rapport à l’Unesco, l’Education, un trésor est caché dedans (1996) :

  • Apprendre à être
  • Apprendre à faire
  • Apprendre à apprendre
  • Apprendre à vivre ensemble

 

Apprendre à maîtriser la masse d’informations qui leur est offerte et surtout développer leur regard critique.

Irremplaçable importance du face-à-face entre enseignant et enseigné

Renforcer la formation de l’enseignant qui doit reposer sur :

  • Un savoir
  • Un savoir-faire
  • Un savoir-être

 

Une formation disciplinaire solide, gage de sa légitimité

Une formation pédagogique pratique, avec des stages en responsabilité

Et surtout une aptitude  gérer des classes multiculturelles, hétérogènes et à faire face à la violence

Nécessité d’une formation continue des enseignants (évolution des technologies, mutations sociales…)

 

Montaigne : tête bien faite vaut mieux que tête bien pleine

Einstein : dans les moments de crise, seule l’imagination compte, plus que les connaissances

 

Armen Tarpinian : donner son plein sens à l’école

 

La gigantesque crise planétaire n’est autre que la crise de l’humanité qui n’arrive pas à accéder à l’humanité : Edgar Morin

 

Education psycho-sociale : auto éducation et coéducation

 

Edgar Morin : apprendre à vivre

Il nous faut une approche complexe, transdisciplinaire

Maridjo Graner : donner toute sa place à « l’éducation psycho-sociale »

L’attention plus sensible portée aux besoins fondamentaux de l’être humain : sécurité, amour, estime, justice qui doivent être satisfais pour qu’un enfant puisse développer des relations sociales positives

Nicole Desgroppes : la formation réciproque des enseignants

Quand les enseignants échangent leurs pratiques

ü  Un premier temps interactif de rencontre

ü  L’alternance des rôles (celui qui donne reçoit et celui qui a reçu donne)

ü  Les échanges sur les échanges

La construction de l’auto évaluation construit de l’autonomie

Le transfert des pratiques de réciprocité dans les classes,

le processus de co-formation.

v  Organiser l’échange, le choix des partenaires

v  Verbaliser sa demande, ses difficultés

v  Choisir la démarche, les exercices la correction, l’auto évaluation

v  Visualiser les chemins du travail pour prendre conscience de la densité du travail partagé et de la position occupée par chacun des enfants

 

Elisabeth Maheu : formation des enseignants à la compréhension des élèves et à l’animation du groupe

Pédagogie participative

Les pièges :

Suiveurs, Leaders, opposants : Parler des élèves avec des qualificatifs qui les réduisent à leur comportement présent

Dire « vous » indistinctement à toute la classe. Les élèves ont besoin d’être reconnus comme des personnes particulières !

Certains « attendent » sans consigne précise. Les élèves ont besoin d’être actifs et d’être considérés comme capables de contribuer à la réflexion commune. Au lieu de dire : j’explique les consignes, vous me demandez des explications complémentaires et quand tout le monde aura compris la consigne, vous commencerez à travailler… dire plutôt : je donne les consignes et dès qu’un de vous a compris, il peut commencer. Si besoin je répondrai ensuite aux questions des autres

 

Comment les mettre mentalement en projet ?

Au lieu de dire taisez-vous, proposer : pendant que Pierre répondra à la question, vous vous demanderez si vous êtes d’accord avec sa réponse et si vous avez une meilleure idée, vous la noterez et vous lèverez la main ; ou : quand Sarah lira le texte vous essaierez de deviner dans quel pays cela se passe, avec quel climat, en ville ou à la campagne… nous mettrons en commun vos réponses

(Impliquer les autres !!)

 

L’enseignant peut interroger sur leurs besoins, sur ce qui leur est utile ou leur semble intéressant. Il peut choisir de leur expliquer ses intentions et ses obligations, ce qui n’est pas la même chose que se justifier.

 

Mettre les jeunes en état de réussite. L’enseignant n’est pas là pour les piéger, mais pour les stimuler.

La correction est l’occasion de rappeler l’essentiel du cours précédent et de proposer l’objectif du nouveau cours. L’enseignant invite les élèves à noter chacun ce qu’il se propose de réussir avant la fin de l’heure.

(je retiens l’idée de se challenger soi-même !)

Rassurer et surprendre les élèves, capter leur attention, on peut théâtraliser !

Il est nécessaire de changer les rythmes, d’alterner les exercices, de souffler !!

 

Paul Robert : le pays où chaque enseignant est un expert

 

Accorder une place importante au jeu, respecter les rythmes d’apprentissage, reconnaître la dignité de l’éducation manuelle

L’enseignant doit avoir sur sa pratique un regard critique et une attitude réflexive.

Finlande : L’acte sur l’éducation fondamentale de 1998 assigne comme objectif à l’éducation : d’aider les élèves à croître en humanité et à devenir des membres éthiquement responsables de la société et de leur fournir les connaissances et les compétences nécessaires à la vie

 

Instruire et éduquer sont indissociables

Reconnaissance pleinement assumée de la dimension interpersonnelle de l’éducation

 

Andrée Giordan : le désir d’apprendre à l’épreuve de l’école

 

Susciter chez l’enfant le désir d’apprendre. Nous assistons à une involution du désir d’apprendre

L’activité et l’autonomie de l’élève sont recommandées comme les meilleurs agents de la motivation

Débat et coopération entre élèves

Les situations suscitent du désir si elles présentent de la nouveauté plutôt que de l’habitude, si elles donnent l’occasion de faire des choix, si elles conduisent à des questions plutôt qu’à des réponses ou si l’individu se sent largement responsable

 

Savoir perdre du temps pour permettre l’émergence !!!

 

Brigitte Prot : parents et enseignants : accompagner le désir d’apprendre dans une société en mutation

Un travail autour de la motivation qui les invite à comprendre et à constuire le sens de leurs apprentissages. Cela leur permet de reconnaître leur situation scolaire réelle, afin de développer leur confiance en soi et d’acquérir les outils d’une mise en projet

v  Approche centrée sur la personne, de Carl Rogers

v  Le personnalisme d’Emmanuel Mounier

v  La pensée complexe du sociologue et philosophe Edgar Morin

Repérage de sa réalité : proposer un plan d’action avec objectifs et échéances et valider les avancées par paliers

On ne motive pas un élève, on installe des situations lui permettant de se motiver !!! Cela veut dire en premier lieu, les autoriser à être sujets jamais réduits à leur travail, à leur attitude ni à leurs résultats !!

Arthur, qui confond sa personne et le zéro sur sa copie, répète je suis nul. Entame en permanence son estime de soi et n’a plus l’énergie nécessaire pour croire en sa progression possible et en sa capacité d’agir…

 

Trois besoins nouveaux :

  1. Apprendre avec les autres, se co-motiver. Si le collectif ne fédère pas, la motivation individuelle est difficile à construire
  2. Le rapport inédit aux savoirs requiert de nouvelles compétences

Hyper sollicités, il est nécessaire d’acquérir des compétences de réactivité, d’interaction, de jonglage et de coopération. Un nouveau besoin émerge donc pour eux : être formé à la centration et à la concentration dans la durée, au tri des contenus, à leur structuration et à leur hiérarchisation. Avec l’objectif de construire un équilibre cognitif et créatif pour aborder les apprentissages.

Une relation aux adultes à densifier

  1. Besoin croissant de se sécuriser, il demande de plus en plus de non négociable (consignes, repères, rituels, échéances claires…)

Pour se motiver, on a besoin d’une feuille de route pour valider les avancées par paliers

 

Eric Debarbieux : la prévention et la lutte contre toutes formes de violence à l’école

La violence est au cœur même de la relation pédagogique

La loi : agircontreleharcelementalecole.gouv.fr

Atlas national des formations associatives :

cndp.fr/climat scolaire/accueil.html

Gabriel Gonnet : du harcèlement entre élèves à la médiation par les pairs et à la pratique de la non-violence à l’école

Voir le film « Kenny »

Brigitte Liatard : l’éducation psycho-sociale via la médiation par les pairs

Education nationale : Circulaire du 13 août 2013

Les expériences de médiation entre élèves seront encouragées et valorisées. Une charte de la médiation sera disponible à la rentrée 2013 sur les sites du ministère pour aider les écoles et les établissements souhaitant favoriser cette pratique »

Former aux compétences psycho-sociales : connaissance de soi, développement des capacités, des valeurs, des besoins, exercices de créativité pour trouver d’autres issues aux conflits, reformulation…

Une bonne estime de soi est le meilleur antidote à la violence

Ne pas confondre l’objet du conflit et la personne !!

 

Daniel Favre : prévention de l’échec et des violences scolaires

L’analyse des productions langagières met en évidence, comparativement aux témoins et/ou aux situations n’évoquant pas une frustration, l’absence significative des mots pour désigner des émotions ou des sentiments et la mise hors de leur portée des évènements qui les affectent négativement, le recours, au registre de l’implicite et à la généralisation abusive et, enfin, l’absence de recul par rapport aux propos qu’ils énoncent : tout a valeur de certitudes auxquelles ils adhèrent collectivement

 

Très grande insécurité qui habite les jeunes, l’agressivité étant avant tout une pulsion biologique qui vise le maintien de l’intégrité physique, psychologique et territoriale.

Ces élèves sont peu préparés à rencontrer la déstabilisation cognitive présente dans tout apprentissage ainsi que dans la relation avec des individus qui ne leur ressemblent pas

La rencontre avec l’altérité les amène trop souvent à privilégier l’action violente. Le fonctionnement dogmatique plus développé chez ces jeunes indique un déficit d’autorégulation qui accentue le sentiment d’impuissance

Ils vont donc avoir besoin de faire peur aux autres, de les rendre impuissants et faibles, pour pouvoir eux-mêmes se sentir forts et puissants. La violence va donc constituer un anxiolytique au même titre que l’alcool ou les comportements à risques.

Il apparaît clairement que rendre les autres faibles, impuissants ou mal à l’aise leur procure du plaisir dans le registre de l’addiction

 

Les comportements violents sont réversibles mais au prix d’un sevrage

Il est nécessaire de les rendre aptes à utiliser le langage pour s’autoréguler, afin qu’ils soient plus sujet de leur vie

A lire : transformer la violence des élèves  et cessons de démotiver les élèves

 

Tout apprentissage n’est possible que par une déstabilisation cognitive que Piaget nomme le processus d’assimilation et d’accommodation. C’est nécessaire de déstabiliser les représentations préexistantes de l’apprenant pour qu’elles puissent s’adapter au nouveau problème à résoudre que lui pose son environnement. L’apprentissage convoque donc les représentations déjà construites au cours des diverses expériences du sujet apprenant et comporte inévitablement une dimension affective puisque cognition et émotion ne sont pas dissociables dans le fonctionnement de notre cerveau.

L’apprentissage a des effets naturellement anxiogènes

L’erreur a une information intéressante et constructive de l’acquisition des savoirs

Les raccourcis à éviter : assimiler l’être à ce qu’il produit, par ex : un mauvais élève est inconsciemment une mauvaise personne

Charles Rojzman : l’approche de la thérapie

La transdisciplinarité, la formation des enseignants à la relation, l’apprentissage de la coopération

L’école n’est pas un environnement qui laisse place à l’aveu des échecs ou des craintes !!

 

Jacques Fortin : plaidoyer pour une école promotrice de santé

Attacher la même valeur au besoin d’estime de soi chez l’adulte et chez l’enfant, apporter le même souci d’apprendre à gérer émotions et stress quel que soit l’âge afin de réduire les réactions violentes, favoriser la communication interpersonnelle notamment par l’écoute empathique et le respect de l’autre … autant d’éléments à inclure dans la formation des personnels et à traduire en pratiques pédagogiques éducatives au quotidien auprès des élèves

Créer un environnement sécurisant favorise des relations interpersonnelles apaisées et la mobilisation de l’attention sur les apprentissages

Penser globalement c’est comprendre que l’élève doit être actif dans le processus d’apprentissage. D’une part il doit être encouragé à mobiliser la diversité de ses savoirs pour nourrir sa réflexion et d’autre part n doit encourager échanges réciproques de savoirs et situations d’entraide pour créer une dynamique collective solidaire et créatrice. Il en est de même pour les enseignants à travers le travail en équipe disciplinaire et transdisciplinaire qui apporte soutien moral, enrichissement réciproque et ouverture.

Favoriser l’émergence et la valorisation de ce qui est positif chez les élèves et les personnels.

Le regard positif porté sur l’autre a modifié les relations

Bruno Mattei : le sens de l’école

Krisnamurti : s’interroger sur ce qui fera grandir l’enfant en humanité

 

Jacques Lecomte : compétition et rivalité ou coopération et émulation ?

L’apprentissage coopératif, les études démontrent :

Sur le plan personnel, l’apprentissage coopératif augmente l’estime de soi. Les élèves qui travaillent ensemble et même ceux qui sont en difficulté- finissent par se considérer comme ayant des capacités, comme pouvant contribuer à l’action des autres

Sur le plan cognitif, scolaire : amélioration de la motivation à apprendre, de la complexité du raisonnement, des résultats scolaires ; génération plus fréquente de nouvelles idées et solutions ; meilleur transfert de ce qui a été appris depuis une situation vers une autre

Sur le plan relationnel et social : augmentation sensible de l’appréciation réciproque entre les élèves et également vis-à-vis des enseignants, baisse du racisme, du sexisme, de la délinquance, du harcèlement, de la violence ainsi que de la toxicomanie ; meilleure intégration des élèves qui ont un handicap, augmentation des comportements altruistes

Le tutorat par les pairs

Les principaux bénéficiaires ne sont pas les élèves tutorés, mais les élèves tuteurs

Dialogue et coopération entre les élèves

Vincent Roussel : cultiver les compétences humaines dès la maternelle

La prévention de la violence et la résolution non violente des conflits, il serait illusoire de vouloir prévenir les conflits. Ils sont une donnée incontournable de la vie sociale : ils sont au cœur de l’apprentissage de la vie ensemble. Ils présentent des dangers de dérapage vers des actes de violence verbale, physique ou psychique. Le conflit est donc à distinguer de la violence.

Ise en situation de travail coopératif, d’échanges réciproques de savoirs, de médiation par les pairs, de débats argumentés… avec retours réflexifs, de jeux de rôle, de théâtre forum…

Claire Héber-Suffrin : culture de réciprocité, culture de paix

Celui qui est tuteur d’apprentissage apprend au moins autant que celui qu’il accompagne

On absorbe les valeurs du système dans lequel on apprend ; s’il est fondé sur la compétition, c’est elle que l’on intègre comme un bon système efficace ; s’il est fondé sur la coopération, on apprend à coopérer. Si ces valeurs sont celles de la réciprocité positive, on s’éduque en s’humanisant réciproquement

La tolérance n’est pas une concession que je fais à l’autre, elle est la reconnaissance de principe qu’une partie de la vérité m’échappe : Paul Ricoeur

J’ai compris alors qu’il est insupportable d’être toujours et seulement celui ou celle que l’on aide. Que l’on ne peut se sentir membre d’un groupe que si l’on est aussi celui ou celle qui lui apporte quelque chose, qui est reconnu comme essentiel au projet du groupe, qui compte pour les autres et sur qui le groupe et chaque membre du groupe peuvent compter

François Soulard : propositions éducatives pour un monde pluriel

Le doute identitaire et la montée des peurs en Occident ; l’espoir en Asie ; le ressentiment, la dignité et l’esprit de revanche en Amérique Latine ; le sentiment d’humiliation et d’indignation dans certains pays d’Afrique et dans plusieurs pays arabes

Georges Haddad : le désir et le doute au cœur de l’humanisation

Au final, l’éducation n’est-elle pas d’abord et avant tout, une histoire d’amour ?

Armen Tarpinian : l’éducation psycho-sociale, fondement d’une culture commune

La tragédie de l’humanité se joue entre les deux temps vitaux : celui de l’urgence de l’action et celui de la lenteur de la maturation de l’esprit. Aussi, face à l’urgence, action et lucidité se doivent de faire couple afin de nous sortir de la gestion à courte vue de ces problèmes.

Les crises vitales que nous connaissons nous contraignent à agir comme si nous n’avions plus de temps : et pourtant nous devons mûrir nos actions comme si nous disposions de tout notre temps

 

Nous pourrions dire aujourd’hui que la crise de l’école, la crise de l’écologie et la crise de l’économie (avec ses immenses inégalités sociales qu’elle corrige d’un côté et augmente dramatiquement de l’autre) ont des racines anthropologiques et éthiques communes : l’immaturité de l’espèce face à son prodigieux et fragile destin et ses erreurs de calcul dans sa recherche vitale de satisfaction, selon les mots de Paul Diel.

En témoignent les mille milliards et plus d’euros que la société internationale consacre aux dépenses militaires et son impuissance à mobiliser les cent milliards d’euros par an qui permettraient, en peu d’années, de régler le problème de l’eau dans le monde, d’éradiquer la famine et la mortalité infantile liée à la misère matérielle et au défaut de soins

Patrick Viveret, cofondateur des « Dialogues en Humanité », ne cesse de rappeler que ‘l’inhumanité de l’humanité est devenue le problème central de la politique ». entre les progrès exponentiels des techniques, qui nous éblouissent à juste titre mais dont les applications restent pour partie chargées de méfaits, actuels ou potentiels, et les pas lents de notre lucidité et de notre sagesse, le contraste ne reste-t-il pas vitalement préoccupant ?

Michelet affirmait, de façon provocatrice, que : la partie la plus importante de la politique était l’éducation. Et la seconde ? L’éducation. La troisième ? L’éducation