Grammaire de l’imagination

GRAMMAIRE DE L’IMAGINATION

GIANNI RODARI

tout un programme … 

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L’imagination, comme le reste se renforce, se muscle lorsqu’on y porte de l’attention. (ceci pour faire le lien avec le livre précédent).

Gianni Rodari propose des outils et des méthodes pour sortir de nos sentiers battus, et délier nos imaginations. L’image ci-contre, illustre à merveille sa démarche. Bienvenue chez les surréalistes.

Si nous étions plus légers, et cessions d’être graves et sérieux, ce serait tellement plus agréable !!

Alors, prêt à jouer ? Voici des propositions du professore…

La dénonciation de l’injustice et de la guerre ; l’exaltation de la liberté sous toutes ses formes et tout d’abord celle de la parole (« libérer les esclaves qui se croient libres », « tous les usages de la parole pour tout le monde, afin que personne ne soit esclave »

La pierre dans l’étang

Une pierre jetée dans un étang provoque des ondes concentriques qui s’élargissent à la surface, entraînant dans leurs mouvements, à différentes distances et avec des effets différents, le nénuphar et le roseau, la barquette en papier et le bouchon du pêcheur. Ces objets qui dormaient paisiblement chacun dans leur coin sont comme rappelés à la vie, contraints à réagir, à entrer en rapport les uns avec les autres. D’autres remous invisibles se propagent en profondeur, dans toutes les directions, tandis que la pierre s’enfonce, déplaçant des algues, effrayant des poissons, engendrant sans cesse de nouveaux mouvements moléculaires. Lorsque enfin elle touche ld fond, elle remue la vase, heurte les objets qui y gisaient oubliés et dont certains sont maintenant découverts, d’autres à leur tour recouverts par le sable. D’innombrables événements, ou micro-événements, se succèdent en un temps très bref. Quand bien même en aurait-on le temps et l’envie, il serait impossible de les enregistrer tous, sans omission.

De la même façon, un mot jeté au hasard dans l’esprit produit des ondes en surface et en profondeur, provoque une série infinie de réactions en chaîne, entraînant dans sa chute sons et images, analogies et souvenirs, significations et rêves, dans un mouvement qui concerne à la fois l’expérience et la mémoire, l’imagination et l’inconscient, et qui se trouve compliqué du fait que l’esprit n’assiste point passivement à la représentation, mais y intervient continuellement, pour accepter et refuser, relier et censurer, construire et détruire.

Le mot, cependant, se précipite dans d’autres directions, s’enfonce dans le monde du passé, ramène à la surface des souvenirs enfouis.

« ce qui nous intéresse ici, c’est de prendre acte de la façon dont un mot quelconque, choisi au hasard, peut fonctionner comme une parole magique pour découvrir des zones du souvenir qui gisaient sous la poussière du temps.

Ecouter les échos enfouis des mots, des odeurs, des sons.

Jouer au jeu du souvenir

Le « thème imaginatif », dans ce type de recherche qui part d’un seul mot, prend vie quand il se crée des rapprochements insolites.

Ex :

J’écris ces lettres l’une en dessous de l’autre :

R

O

C

H

E

R

Maintenant, en face de chaque lettre, je peux écrire le premier mot qui me passe par la tête, ou bien : écrire en face de chaque lettre des mots agencés de manière à former une phrase ayant un sens global : Robot/obsédé/cherche/harpies/en vue/reproduction. Puis je cherche une autre série…

 

Wittgenstein a écrit « Les mots sont comme la pellicule superficielle d’une eau profonde. »

 

Test américain de créativité dont par Marta Fattori dans son livre « Créativité et éducation ». On y invite les enfants à dresser la liste de tous les usages possibles de la brique : ceux qu’ils connaissent et ceux qu’ils peuvent imaginer.

 

Le mot isolé « agit » seulement quand il en rencontre un deuxième qui le provoque,, le force à sortir des rails de l’habitude, à se découvrir de nouvelles possibilités de signification. Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de vie. »

Une histoire ne peut naître que d’un « binôme imaginatif. »

C’est alors qu’ils se trouvent dans les meilleures conditions pour engendrer une histoire.

Le procédé le plus simple pour créer un rapport entre eux consiste à les relier par une préposition.

Avec, du, sur, dans… chacune de ces figures nous offre le schéma d’une « situation imaginative ».

 

Qu’arriverait-il si…

« Les hypothèses, a écrit Novalis, sont des filets : on jette le filet et, tôt ou tard, on y trouve quelque chose. » (ex Kafka : la métamorphose)

Le symbole vit d’une vie autonome et nombreuses sont les réalités auxquelles il s’adapte.

Cette technique des « hypothèses imaginatives » est très simple. Sa forme est précisément celle de la question : qu’arriverait-il si…

Ça offre un nouveau point de vue pour regarder…

Le préfixe arbitraire

Ajouter le préfixe pour transformer un objet quotidien, négligeable, en un nouvel objet ex : le canif, le décanif ou d’autres modes ex : rédaction/dérédaction

Action/déaction…

Ajouter le préfixe bis ex : bistylo ou le bispipe…

Mais nous pouvons tester aussi des substantifs  : archi/anti /vice /sous/ super /mini /maxi /micro…

Le préfixe est choisi pour engendrer de nouvelles images.

C’est en se trompant qu’on apprend, affirme un vieux proverbe. Un nouveau pourrait aussi bien affirmer : c’est en se trompant qu’on invente.

Le jeu de pliage sous forme de questions-réponses :

On part d’une série de questions qui configurent déjà des événements en série, c’est-à-dire un récit. Par ex :

Qui était-ce ?

Où se trouvait-il ?

Que faisait-il ?

Qu’a-t-il dit ?

Qu’ont dit es gens ?

Quel a été le résultat ?

Le premier du groupe répond à la première question et plie la feuille, afin que peronne ne puisse lire la réponse. Le second répond à la seconde question et replie à son tour la feuille. Ainsi de suite jusqu’à épuisement des questions.

Cela forme une trame imaginative.

Un autre jeu surréaliste célèbre consiste à composer un dessin à plusieurs mains. Le premier du groupe dessine une figure, suggère une image, trace un signe qui peut avoir ou non une signification. De toute façon, le second en fait abstraction et utilise le signe du premier comme élément d’une autre figure ayant une signification différente. Idem pour les suivant…

 

Partons d’un vers de Victor Hugo :

A la septième fois, les murailles tombèrent.

Le réécrire en le faussant, en redécoupant sans respect ses syllabes, comme s’il s’agissait d’un quelconque fatras de sons en quête d’une nouvelle forme, et nous obtenons par ex : à la septième fois, l’amie raille ton père ou Allah s’est tu, ma foi, l’émirat obtempère.

 

Utiliser les mots comme des jouets !

 

Construction d’un LIMERICK

Le premier vers désigne le personnage

Le second vers le qualifie

Le troisième et le quatrième vers nous font assister à la réalisation du prédicat

Le cinquième est consacré à l’apparition d’une épithète finale, dûment extravagante.

Ex : il était un vieillard, hôte d’un marécage,

Et dont les mœurs semblaient futiles et sauvages ;

Sur une souche il prenait place sans façons,

Et à une grenouille il chantait des chansons,

Ce vieillard didactique, hôte d’un marécage.

 

Contes défaits ou comment faire dérailler les histoires (connues)

On change un élément d’une histoire très connue ex : il était une fois une petite fille qui s’appelait le petit chaperon jaune.

 

Contes à l’envers

Ex : le petit chaperon rouge est méchant tandis que le loup est bon …

 

Salade de contes

Le petit chaperon rouge rencontre dans le bois le petit Poucet et ses frères…

 

Contes démarqués

On réduit un conte connu à la simple trame de ses péripéties et de ses relations internes :

Cendrillon vit avec sa marâtre et ses demi-sœurs. Celles-ci se rendent à un grand bal, la laissant seule à la maison…

La seconde opération consiste à réduire ensuite cette trame à une formulation purement abstraite :

A vit chez B, tout comme C et D. Mais le rapport entre A et B est différent…

 

Théorie selon laquelle le noyau le plus ancien des contes merveilleux provient des rites d’initiation en usage dans les sociétés primitives.

Ce que les contes relatent- ou au terme de leur métamorphose, ce qu’ils cachent – se produisait vraiment jadis : parvenus à un certain âge, les enfants étaient séparés de leur famille et emmenés dans la forêt… où les sorciers de la tribu, habillés de manière à faire peur, le visage recouvert de masques horribles … les soumettaient à des épreuves difficiles et souvent mortelles (tous les héros des contes en rencontrent sur leur chemin)… les enfants écoutaient le récit des mythes de la tribu et recevaient des armes  (les dons magiques que, dans les contes, des donateurs surnaturels distribuent aux héros en danger)… enfin, ils retournaient chez eux souvent sous un autre nom… et ils étaient mûrs pour le mariage … la structure du conte reproduit la structure du rite.

 

Dans le système de Propp, l y a trente et une fonction qui suffisent, avec leurs variantes et articulations internes, à décrire la forme des contes :

  1. Eloignement
  2. Interdiction
  3. Transgression
  4. Interrogation
  5. Information (délation)
  6. Tromperie
  7. Complicité
  8. Méfait (ou manque)
  9. Médiation
  10. Début de l’action contraire (acceptation du héros)
  11. Départ du héros
  12. Première fonction du donateur (le héros mis à l’épreuve)
  13. Réaction du héros
  14. Réception de l’objet magique
  15. Déplacement du héros
  16. Combat entre le héros et l’antagoniste
  17. Le héros marqué
  18. Victoire sur l’antagoniste
  19. Réparation du méfait (ou manque) initial
  20. Retour du héros
  21. Poursuite (persécution) du héros
  22. Secours (le héros est sauvé)
  23. Arrivée incognito du héros
  24. Prétentions mensongères (du faux héros)
  25. Tâche difficile (imposée au héros)
  26. Tâche accomplie
  27. Reconnaissance (du héros)
  28. Découverte (le faux héros ou l’antagoniste est démasqué)
  29. Transfiguration (du héros)
  30. Punition (de l’antagoniste)
  31. Mariage (du héros)

De même qu’avec les douze notes, on peut composer à l’infini des mélodies…

On peut se fabriquer un jeu de cartes Propp de 20 ou 31 cartes et jouer avec…

 

Jouer un sketch à partir de 3 objets disparates : ex une cafetière /une pioche/un bouteille vide.

 

L’inspiration peut aussi venir du nez… faire sentir une odeur et que la personne raconte une histoire.

 

L’imagination créatrice oscille entre le réel et l’imaginaire, dans un jeu de balançoire que j’estime très instructif, et même carrément indispensable pour maîtriser pleinement le réel, en le refaçonnant.

 

Les garçons tendent à construire à la verticale et les petites filles à créer un espace clos.

 

« Créativité » est synonyme de « pensée divergente », c’est-à-dire capable de faire éclater continuellement les schémas de l’expérience. Est « créatif » tout esprit qui est toujours en train de travailler, de poser des questions, de découvrir des problèmes là om les autres trouvent des réponses satisfaisantes, qui est à l’aise dans les situations fluides et mouvantes où les autres ne flairent que des dangers, qui est capable de jugements autonomes et indépendants (y compris vis-à-vis du père, du professeur et de la société), qui refuse le codifié, qui ne cesse de re-manipuler objets et concepts sans se laisser inhiber par les conformismes. Toutes ces qualités se manifestent dans le processus créatif. Et ce processus –tenez-vous bien ! a un caractère enjoué.